La transformation sans précédent du secteur automobile
Un article de Marc MORTUREUX, Directeur général La Plateforme Automobile, paru dans le livre blanc « La révolution des mobilités ».
La Plateforme automobile (PFA) est une association professionnelle qui rassemble l’ensemble de la filière automobile en France: les constructeurs, les grands équipementiers et près de 4.000 entreprises fournisseurs du secteur automobile. Elle représente environ 350.000 salariés parmi des entreprises de toutes tailles. Elle regroupe les constructeurs et équipementiers ayant une présence industrielle en France, notamment Renault, Stellantis, Toyota, Michelin, Valeo, Forvia, Plastic Omnium…
La mission principale de la PFA est d’accompagner ces entreprises dans la transformation sans précédent depuis son origine du secteur automobile : basculement de la motorisation thermique vers le véhicule électrique, transfert de la valeur d’un véhicule du hardware vers le software et l’électronique, évolution de la vente de produits vers la fourniture de services de mobilité… La Plateforme automobile couvre notamment les sujets de transition énergétique et numérique, de montée en compétence, d’innovation, de réglementation et de communication, aussi bien au niveau international, européen que national.
Les attentes des consommateurs
L’enquête CSA commandée par PFA pour le dernier Mondial de l’Auto à Paris d’octobre 2024 donne des indications intéressantes sur les attentes des consommateurs. Cette enquête montre que 91% des Français possèdent un véhicule et que 80% d’entre eux sont très attachés à la voiture pour leurs déplacements. L’enquête montre dans le même temps que les consommateurs sont un peu perdus au moment de l’achat d’un véhicule, entre véhicule électrique, hybride ou thermique, et les modifications incessantes des régimes de bonus et malus, et des règles de mise en place des zones à faible émission (ZFE).
Rappelons d’abord que près de 7 véhicules sur 8 achetés par les particuliers sont des voitures d’occasion, et que la moyenne d’âge pour acheter un véhicule neuf est au-delà de 50 ans. Concernant le type de motorisation, 16% des consommateurs sont prêts à franchir le cap de l’électrique et 62% restent à convaincre. En outre, 77% des Français renonceraient à l’achat d’un véhicule électrique sans les aides de l’État.
En France, le parc automobile vieillit mais continue de croître, en dépit du recul des ventes de véhicules neufs de 20% depuis la crise du Covid. La conscience environnementale est bien présente chez les consommateurs mais tous ne sont pas encore prêts à basculer vers l’achat d’une voiture 100% électrique.
L’électrification du marché
La transformation du mix énergétique dans le transport automobile est engagée. Toutefois, pour beaucoup d’automobilistes, le véhicule hybride apparaît comme une solution transitoire pertinente vers la réduction d’émission de carbone. Actuellement, l’hybride (y compris rechargeable) représente près de 50% des achats de véhicules neufs, l’essence 27%, l’électrique 17% et le diesel 7%.
Les retours des consommateurs par rapport aux véhicules électriques sont positifs, avec un vrai confort de conduite. Plus les automobilistes utilisent leur véhicule au quotidien, en ville ou sur routes secondaires, pour des trajets de moyenne distance, plus le modèle électrique est rentable. A fortiori lorsque les utilisateurs peuvent se recharger chez eux (maison individuelle ou copropriété équipée) ou au travail. En revanche, il existe encore des obstacles pour ceux qui ne peuvent recharger chez eux, sachant que le rythme d’équipement en bornes de recharge électrique des parkings des copropriétés est trop lent, même si cela s’accélère.
L’offre de véhicules électriques est de plus en plus large et permet de répondre à une demande plus étendue. Les batteries électriques ont beaucoup progressé et ont une durée de vie plus longue. Mais il faut reconnaître que les véhicules électriques sont pour l’instant plus chers à l’achat que leurs équivalents thermiques, d’où l’importance des aides à l’achat.
Rappelons que le véhicule électrique est une bonne solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre: il émet tout au long de sa vie (production, usage, fin de vie) 2 à 4 fois moins de CO2 qu’un équivalent thermique, en particulier en France qui bénéficie d’électricité décarbonée.
Le véhicule électrique devrait ainsi s’imposer progressivement pour un grand nombre d’usages. Mais le problème, c’est d’en avoir fait la solution unique en Europe avec le ban 2035 (interdiction des véhicules thermiques et hybrides), et d’avoir imposé un rythme de transition sans tenir compte des attentes des consommateurs.
Il existe d’autres solutions technologiques pour décarboner et le «tout électrique» décidé par l’Europe est dangereux en raison de notre dépendance à la Chine, en particulier pour les batteries. En alternative, l’hydrogène a fait l’objet de beaucoup d’investissements dans le domaine du transport, mais il n’existe pas encore de marché dans la mesure où la production d’hydrogène vert est insuffisante et très coûteuse, et qu’il n’y a pas assez d’infrastructures de recharge.
Pour réussir cette transition, il faut préserver une certaine diversité technologique (électrique à batterie ou à hydrogène,hybride, biocarburants, e-fuel) et adapter son rythme pour la rendre acceptable pour tous. Il faut aussi de la stabilité et de la cohérence dans les mesures prises pour accompagner cette transition : aides à l’achat, équipement en bornes de recharge, stabilité des prix de l’électricité…
La mobilité partagée
Pour aller vers la neutralité carbone dans le secteur automobile, il ne suffit pas d’électrifier le parc auto, il faut aussi réduire le nombre de km parcourus, tout en préservant la liberté de mouvement des consommateurs. Une des solutions centrales est le développement des différentes formes de mobilité partagée, permettant d’avoir moins de véhicules, plus intensément utilisés et avec un meilleur taux d’occupation. Sans avoir encore atteint un stade décisif de transformation, les services de mobilité partagée sont de plus en plus prisés par les consommateurs: ils constituent un pont entre l’autosolisme et le transport collectif, et sont essentiels pour réussir la décarbonation du transport automobile. Mais le business model n’est pas encore complètement trouvé pour passer à l’échelle supérieure.
Les véhicules autonomes sont en phase d’expérimentation. Ils nécessitent beaucoup de capitaux et d’investissements pour développer la technologie (à base d’IA notamment) et atteindre le niveau d’exigence requis en matière de sécurité en toute circonstance, condition de leur acceptabilité. Pour des raisons d’ordre économiques, les véhicules autonomes devraient être réservés à des usages de service, par exemple des «robots taxis», comme cela commence à apparaitre aux États-Unis ou en Chine. Les particuliers bénéficient de véhicules de plus en plus automatisés avec les ADAS (aides à la conduite, permettant notamment d’améliorer la sécurité routière) mais sans être pleinement autonomes.